*LA NOSTALGIE

Dimanche 6 juillet 2008

Suite de Profite'n Roll Part I ("Game over... Insert cueil")

Ni une, ni deux, j'entame l'opération nostalgie

Tandis que je vois la Mort qui s'éloigne

L'esprit brumeux, je pense à ma gente dame, dont le charme avait opéré comme par magie,

Il y a tant à dire sur celle que j'appelais ma compagne

 

Cette perle de la nature a partagé mes joies et mes douleurs

C'était parlant, cette aventure à part, jamais vue, a apporté à ma vie ses couleurs

Quand se séparaient les deux épris, cette peinture perdait de l'éclat, c'était vécu comme un sacrifice, ça devenait une douleur

Fini d’être désemparé une fois réunis, c'était l'éclate, un feu d'artifice imprégné de vista et d'ardeur

 

Mais cessons un instant cette réminiscence anachronique

C'est sûr, je l'aimais et l'aime tant, cette miss, même dans un cadre onirique

Cependant émettons les éléments de mon existence avec une méthode logique

Plaçons maintenant les évènements d'importance dans un ordre chronologique

 

De ma naissance, j'avoue ne pas vraiment me souvenir, me rappeler de grand-chose

A ma connaissance, ma moue de nouveau venu interpellé ne me prédestinait pas à devenir le créateur de grandes choses

 

Jusqu'à mon adolescence, mon amour des mots, survenu de bonne heure, me valut, à la récré, les foudres d'agitateurs peu friands de brillantes proses

Démasquant le peu d'indulgence voire l'intolérance des marmots pour les différences

Mon surnom de « Savant fou » n'entacha pas mon bonheur ni mon insouciance

Pourvu que l'on me laisse lire dans ma chambre avec mes friandises sucrées et mes Lila Pause

 

Je me revois ainsi traverser cette période, imperturbable, jusqu'au collège

Heureux et invincible, bercé par l'air iodé, le sable et les mollusques de ma plage

Peureux, aimable, pas irascible, intéressé par tout sauf Yoda et Guy Lux, même si c'était de mon âge

Irréductible affable, j'étais resté « in » car adepte du foot, des jeux vidéos et des illustrés, j'étais un vrai bédéphage

 

C'est tangible et notable, lorsqu'arrive pour un très jeune plein de naïfs idéaux

L'heure de quitter son village

La chute peut être rude, le choc difficile à vivre, la désillusion sévère

Alors qu'il devient collégien

Mais tout le monde n'est pas Tanguy, une fois apprises nos tables, sans se plaindre il faut

Se frotter à un secteur un peu plus loin des nuages

Entre les brutes et les prudes, finie la vieille époque, si ton ambition est de rester pépère

Aborde deux vieux pleins de kilos et fais t'en des copains

 

Pour ma part, j'ai traversé ces années sans réels heurts ni fracas

A part deux ou trois fois mais pas de quoi se muer en râleur rongé par le tracas

Ces quatre ans m'ont appris que faire son trou n'était pas si aisé 

C'est catégorique, je n'ai que faire du troupeau et tant pis si ça déplaisait

 

Les mecs égoïstes ne me gênaient pas et même sans groupies je ne me sentais pas lésé

Plus jeune, moins sûr de moi, isolé du groupe, ça m'était égal et était loin de m'attrister

 

Délicieux compromis entre pré-adolescence et fin de l'insouciance,

Le lycée, comme promis, où tu entres prêt à tout plein d'indolence

M'a laissé pénétrer dans un monde de promiscuité, dans l'antre de la tolérance

Au sein de laquelle les délaissés pouvaient se permettre d'espérer, sans honte ils avaient leur chance

Un univers qui ne se scinde pas entre les blessés et les pontes

Et où le mot "amitié" a pour moi trouvé tout son sens

 

Cette douce folie qui s'empare de ta personne, grisée par l'ambiance

C'est à toi d'en profiter coûte que coûte, sans perdre une seconde, en brisant ta méfiance

Ces jolies joies éphémères ne pourront être oubliées

Leurs ondes attiseront tes regrets qui s'écouleront avec violence

 

Ah, c'est sûr, la fac n'est pas de la même trempe que ce que je viens de citer

La césure n'est pas factice, je ne me trompe pas quand j'arrive à l'université

Là c'est dur car la nostalgie se hisse, je ne me trouve pas devant des amis mais face à l'adversité

Heureusement la soudure agit sur nous, on se retrouve sur les divans de ceux

Ayant obtenu un logement face à la faculté... Mais qui préfèrent siroter

 

Ce qui est souvent reproché à cette institution, ce sont les rapports superficiels

Ceux dont tu te sens proches te déçoivent, leur apport n'est en fait qu'artificiel

Sur la durée, tu t'aperçois qu'une fois le diplôme en poche vos relations n'ont plus rien d'officielles

Amadoué, toi, sincère, tu reçois cet oubli cent fois (ni loi d'ailleurs), ne restera qu'une étincelle 

 

Ceci dit, je garde d'excellents souvenirs de ce passage de mon existence

C'est ici qu'excès plutôt hard et peu sages sont venus à bout de mon adolescence

C'est aussi qu'excepté plusieurs ardents boulets de passage que je viens d'évoquer avec une légère réticence

Il me reste une petite horde d'amis assez exceptionnels, en qui j'ai totale confiance

 

Du jour au lendemain, j'ai ensuite été parachuté salarié

J'ai eu mon concours et me suis frotté les mains: terminé la nourriture avariée!

On se dit, maintenant il va falloir qu'on courre, le rythme va s'accélérer, on va emprunter des voies dures et variées

On te joue quand même un sacré tour, tu te fais carotter car les mines et les bitures se ressentent lorsque pointe la matinée

 

Et pour un gamin habitué à ne pas aller trop vite, à se gourer pour avancer, c'était un peu précipité, je n'étais pas assez vieux

Ca n'a pas loupé, difficile de se vanter après une telle année; au bord du précipice, on aurait pu m'appeler "l'Imprécis piteux"!

 

Mais le meilleur restait à venir, des trucs sensationnels, jugez vous-mêmes en lisant ce qui suit

Qui aurait pu prévoir que... Nooooooooooooooooooon!!!!! Pas lui!!

 

Revoici l'horreur que j'aurais voulu ne jamais revoir, éviter pour de bon: le Prince de la Nuit

Sur sa bicyclette à moteur, il vient, tu vas voir, pour m'irriter, avec son ton pincé, et m'emmener dans son puit

 

« Ah salut, excuse-moi, je suis désolé de ne pas être à l'heure, je suis allé mettre de l'essence

Pour tuer le temps, j'ai fait visiter un mausolée de l'intérieur, il y avait une terrible odeur, j'ai failli perdre connaissance

Dis donc, tu es doué mon charlatan, si cela peut te consoler; j'ai entendu tes rimes et ton ardeur, tu as une certaine aisance

Mais quiconque croit m'amadouer perd vraiment son temps, je ne suis pas un con isolé, je ne fais pas d'erreur, fusse-t-elle infime, il va falloir que tu me suives en cadence

 

La durée qui t'était allouée est désormais évaporée, mais ne t'inquiète pas, je crois qu'on va bien rigoler, j'ai loué un film à vidéo futur, tu vas voir, c'est une belle histoire juive avec une bien jolie danse

Purée, par contre, j'ai oublié de m'excuser, je te vois désarmé et presque apeuré, et déçu de n'avoir pu conclure ce récit si bien fignolé... Oh, tu sais, ça ne sert à rien que tu t'escrimes et que tu te tortures...

La mémoire n'est pas fugitive, même dans les plus noirs confins, allez, c'est tout... Il ne faut plus que tu y penses »

 

Plus que j'y pense, plus que j'y pense... Il est marrant, le gothique, on voit bien que lui se prélasse, que c'est pas lui qui trinque

Moi je vois surtout la souffrance et l'errance, voilà ce qui m'attend, c'est peut-être exotique mais ce n'est pas ma place, je ne suis pas un ornythorinque

Je ne veux pas tomber dans l'ignorance d'une oubliette, je suis loin d'être ravi de quitter ma petite vie

« J'y pense et puis j'oublie... C'est la vie, c'est la vie! »

Mouais... La différence c'est que là c'est la mort, je suis fini et crois-moi c'est à vie

 

Au moins je n'ai pas de regret, j'ai tout vécu à fond

Mon amour, mes amis, ma famille mais aussi mes passions

Pour toujours, j'emporte dans mon coeur toutes ces joies à travers ce funeste tunnel

A la fin de mon parcours, au moment de franchir la grande Porte, je m'accrocherai à mes erreurs et mes exploits, à tous mes souvenirs charnels

Je saluerai le gardien avec un large sourire et rirai avec les sentinelles

Car tout cela m'appartient, c'est mon empire qui traversera les âges... Et ce de manière éternelle

 

Par Aura Ray et l'Oumanoumesque Orchestra
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