Suite de Profite'n Roll Part I ("Game over... Insert cueil")
Ni une, ni deux, j'entame l'opération nostalgie
Tandis que je vois la Mort qui s'éloigne
L'esprit brumeux, je pense à ma gente dame, dont le charme avait opéré comme par magie,
Il y a tant à dire sur celle que j'appelais ma compagne
Cette perle de la nature a partagé mes joies et mes douleurs
C'était parlant, cette aventure à part, jamais vue, a apporté à ma vie ses couleurs
Quand se séparaient les deux épris, cette peinture perdait de l'éclat, c'était vécu comme un sacrifice, ça devenait une douleur
Fini d’être désemparé une fois réunis, c'était l'éclate, un feu d'artifice imprégné de vista et d'ardeur
Mais cessons un instant cette réminiscence anachronique
C'est sûr, je l'aimais et l'aime tant, cette miss, même dans un cadre onirique
Cependant émettons les éléments de mon existence avec une méthode logique
Plaçons maintenant les évènements d'importance dans un ordre chronologique
De ma naissance, j'avoue ne pas vraiment me souvenir, me rappeler de grand-chose
A ma connaissance, ma moue de nouveau venu interpellé ne me prédestinait pas à devenir le créateur de grandes choses
Jusqu'à mon adolescence, mon amour des mots, survenu de bonne heure, me valut, à la récré, les foudres d'agitateurs peu friands de brillantes proses
Démasquant le peu d'indulgence voire l'intolérance des marmots pour les différences
Mon surnom de « Savant fou » n'entacha pas mon bonheur ni mon insouciance
Pourvu que l'on me laisse lire dans ma chambre avec mes friandises sucrées et mes Lila Pause
Je me revois ainsi traverser cette période, imperturbable, jusqu'au collège
Heureux et invincible, bercé par l'air iodé, le sable et les mollusques de ma plage
Peureux, aimable, pas irascible, intéressé par tout sauf Yoda et Guy Lux, même si c'était de mon âge
Irréductible affable, j'étais resté « in » car adepte du foot, des jeux vidéos et des illustrés, j'étais un vrai bédéphage
C'est tangible et notable, lorsqu'arrive pour un très jeune plein de naïfs idéaux
L'heure de quitter son village
La chute peut être rude, le choc difficile à vivre, la désillusion sévère
Alors qu'il devient collégien
Mais tout le monde n'est pas Tanguy, une fois apprises nos tables, sans se plaindre il faut
Se frotter à un secteur un peu plus loin des nuages
Entre les brutes et les prudes, finie la vieille époque, si ton ambition est de rester pépère
Aborde deux vieux pleins de kilos et fais t'en des copains
Pour ma part, j'ai traversé ces années sans réels heurts ni fracas
A part deux ou trois fois mais pas de quoi se muer en râleur rongé par le tracas
Ces quatre ans m'ont appris que faire son trou n'était pas si aisé
C'est catégorique, je n'ai que faire du troupeau et tant pis si ça déplaisait
Les mecs égoïstes ne me gênaient pas et même sans groupies je ne me sentais pas lésé
Plus jeune, moins sûr de moi, isolé du groupe, ça m'était égal et était loin de m'attrister
Délicieux compromis entre pré-adolescence et fin de l'insouciance,
Le lycée, comme promis, où tu entres prêt à tout plein d'indolence
M'a laissé pénétrer dans un monde de promiscuité, dans l'antre de la tolérance
Au sein de laquelle les délaissés pouvaient se permettre d'espérer, sans honte ils avaient leur chance
Un univers qui ne se scinde pas entre les blessés et les pontes
Et où le mot "amitié" a pour moi trouvé tout son sens
Cette douce folie qui s'empare de ta personne, grisée par l'ambiance
C'est à toi d'en profiter coûte que coûte, sans perdre une seconde, en brisant ta méfiance
Ces jolies joies éphémères ne pourront être oubliées
Leurs ondes attiseront tes regrets qui s'écouleront avec violence
Ah, c'est sûr, la fac n'est pas de la même trempe que ce que je viens de citer
La césure n'est pas factice, je ne me trompe pas quand j'arrive à l'université
Là c'est dur car la nostalgie se hisse, je ne me trouve pas devant des amis mais face à l'adversité
Heureusement la soudure agit sur nous, on se retrouve sur les divans de ceux
Ayant obtenu un logement face à la faculté... Mais qui préfèrent siroter
Ce qui est souvent reproché à cette institution, ce sont les rapports superficiels
Ceux dont tu te sens proches te déçoivent, leur apport n'est en fait qu'artificiel
Sur la durée, tu t'aperçois qu'une fois le diplôme en poche vos relations n'ont plus rien d'officielles
Amadoué, toi, sincère, tu reçois cet oubli cent fois (ni loi d'ailleurs), ne restera qu'une étincelle
Ceci dit, je garde d'excellents souvenirs de ce passage de mon existence
C'est ici qu'excès plutôt hard et peu sages sont venus à bout de mon adolescence
C'est aussi qu'excepté plusieurs ardents boulets de passage que je viens d'évoquer avec une légère réticence
Il me reste une petite horde d'amis assez exceptionnels, en qui j'ai totale confiance
Du jour au lendemain, j'ai ensuite été parachuté salarié
J'ai eu mon concours et me suis frotté les mains: terminé la nourriture avariée!
On se dit, maintenant il va falloir qu'on courre, le rythme va s'accélérer, on va emprunter des voies dures et variées
On te joue quand même un sacré tour, tu te fais carotter car les mines et les bitures se ressentent lorsque pointe la matinée
Et pour un gamin habitué à ne pas aller trop vite, à se gourer pour avancer, c'était un peu précipité, je n'étais pas assez vieux
Ca n'a pas loupé, difficile de se vanter après une telle année; au bord du précipice, on aurait pu m'appeler "l'Imprécis piteux"!
Mais le meilleur restait à venir, des trucs sensationnels, jugez vous-mêmes en lisant ce qui suit
Qui aurait pu prévoir que... Nooooooooooooooooooon!!!!! Pas lui!!
Revoici l'horreur que j'aurais voulu ne jamais revoir, éviter pour de bon: le Prince de la Nuit
Sur sa bicyclette à moteur, il vient, tu vas voir, pour m'irriter, avec son ton pincé, et m'emmener dans son puit
« Ah salut, excuse-moi, je suis désolé de ne pas être à l'heure, je suis allé mettre de l'essence
Pour tuer le temps, j'ai fait visiter un mausolée de l'intérieur, il y avait une terrible odeur, j'ai failli perdre connaissance
Dis donc, tu es doué mon charlatan, si cela peut te consoler; j'ai entendu tes rimes et ton ardeur, tu as une certaine aisance
Mais quiconque croit m'amadouer perd vraiment son temps, je ne suis pas un con isolé, je ne fais pas d'erreur, fusse-t-elle infime, il va falloir que tu me suives en cadence
La durée qui t'était allouée est désormais évaporée, mais ne t'inquiète pas, je crois qu'on va bien rigoler, j'ai loué un film à vidéo futur, tu vas voir, c'est une belle histoire juive avec une bien jolie danse
Purée, par contre, j'ai oublié de m'excuser, je te vois désarmé et presque apeuré, et déçu de n'avoir pu conclure ce récit si bien fignolé... Oh, tu sais, ça ne sert à rien que tu t'escrimes et que tu te tortures...
La mémoire n'est pas fugitive, même dans les plus noirs confins, allez, c'est tout... Il ne faut plus que tu y penses »
Plus que j'y pense, plus que j'y pense... Il est marrant, le gothique, on voit bien que lui se prélasse, que c'est pas lui qui trinque
Moi je vois surtout la souffrance et l'errance, voilà ce qui m'attend, c'est peut-être exotique mais ce n'est pas ma place, je ne suis pas un ornythorinque
Je ne veux pas tomber dans l'ignorance d'une oubliette, je suis loin d'être ravi de quitter ma petite vie
« J'y pense et puis j'oublie... C'est la vie, c'est la vie! »
Mouais... La différence c'est que là c'est la mort, je suis fini et crois-moi c'est à vie
Au moins je n'ai pas de regret, j'ai tout vécu à fond
Mon amour, mes amis, ma famille mais aussi mes passions
Pour toujours, j'emporte dans mon coeur toutes ces joies à travers ce funeste tunnel
A la fin de mon parcours, au moment de franchir la grande Porte, je m'accrocherai à mes erreurs et mes exploits, à tous mes souvenirs charnels
Je saluerai le gardien avec un large sourire et rirai avec les sentinelles
Car tout cela m'appartient, c'est mon empire qui traversera les âges... Et ce de manière éternelle
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